Aller au contenu
groupecd

Test ennéagramme : ce qu’il mesure, ses limites et son usage au travail

Le test d'ennéagramme classe une personne parmi neuf types à partir de réponses déclarées. Origine du modèle, état de la recherche, cadre légal en recrutement et précautions de lecture.

Claire Dubreuil Carrière & Recrutement 5 min de lecture

Questionnaire d'ennéagramme sur un porte-bloc

Un test d’ennéagramme classe une personne dans l’un des neuf types de personnalité de ce modèle, à partir d’un questionnaire d’auto-évaluation. Il circule beaucoup dans les parcours de reconversion et de recrutement, alors que sa validité scientifique n’est pas établie. La principale revue de littérature, publiée en 2021, conclut à des preuves mitigées.

Cet article précise ce que mesure un test d’ennéagramme, d’où vient le modèle, ce que dit la recherche et dans quelles limites un résultat peut servir dans un contexte professionnel.

L’essentiel

  • Le test d’ennéagramme attribue un type parmi neuf, d’après des motivations et des peurs déclarées, pas d’après une mesure objective
  • Une revue de 104 échantillons (2021) conclut à des preuves mitigées de fiabilité et de validité
  • La Miviludes cite la méthode parmi celles qui peuvent présenter un risque de dérive sectaire
  • En recrutement, le Code du travail exige des méthodes pertinentes, connues du candidat et à résultats confidentiels

Que mesure un test d’ennéagramme ?

Un test d’ennéagramme ne mesure pas des aptitudes. Il recense les motivations, les peurs et les réactions habituelles que la personne s’attribue, puis les rattache à l’un des neuf ennéatypes. Le résultat repose sur l’auto-déclaration, comme dans tout questionnaire de personnalité.

Les neuf types sont répartis en trois centres, instinctif, émotionnel et mental, et chacun est associé à une peur centrale, comme la crainte de l’imperfection pour le type 1 ou celle d’être abandonné pour le type 6.

Les questionnaires en ligne varient en longueur et en méthode de calcul, et la plupart proposent un type principal accompagné d’une aile, le type voisin. Le Centre francophone de référence en ennéagramme (CEE) précise lui-même, sur sa page de test, que le questionnaire sert à explorer le modèle plutôt qu’à produire un résultat définitif, car les personnes répondent souvent selon ce qu’elles voudraient être.

Ailes, flèches et sous-types

Au-delà du type principal, le modèle décrit des ailes (les types voisins sur le cercle), des flèches qui indiquent vers quel autre type la personne se déplacerait sous le stress ou en situation de croissance, et trois sous-types instinctifs. Ces notions relèvent de la théorie du modèle, et aucune épreuve ne permet de les observer directement.

Plusieurs sites proposent un résultat gratuit limité à un type ou à un score par type, et un rapport détaillé payant. Le prix du rapport n’apporte aucune garantie de validité supplémentaire, puisque le questionnaire reste le même outil déclaratif.

D’où vient l’ennéagramme ?

Le symbole à neuf points est attribué au maître spirituel Gurdjieff, qui l’aurait présenté à ses élèves vers 1916, selon la synthèse de Wikipédia. Il est publié pour la première fois par Ouspensky en 1949, puis le Chilien Oscar Ichazo associe chaque point à un type de personnalité.

L’origine précise du modèle reste floue, et plusieurs filiations sont avancées, de la kabbale au soufisme. Il se diffuse aux États-Unis à partir des années 1970 auprès de psychiatres et de formateurs, avant d’entrer dans les formations de management.

L’ennéagramme est-il validé scientifiquement ?

Non, pas au sens où l’est un test psychométrique standard. La revue systématique de Hook et collègues, parue en 2021 dans le Journal of Clinical Psychology, a examiné 104 échantillons indépendants et conclut à des preuves mitigées de fiabilité et de validité, d’après son résumé sur PubMed.

Les auteurs rappellent que de nombreux clients utilisent le modèle pour comprendre leur personnalité malgré les doutes sur sa validité, et recommandent la prudence aux praticiens qui s’en servent.

La Miviludes, mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, décrit l’ennéagramme dans son guide « Santé et dérives sectaires » comme une méthode qui classe les individus en neuf types de personnalité. Son responsable déclarait en avril 2024 à France 3 Pays de la Loire que la méthode n’est validée par personne sur le plan scientifique.

Un test d’ennéagramme au travail ou en recrutement ?

En recrutement, le test d’ennéagramme se heurte à une exigence légale. L’article L1221-8 du Code du travail impose que les méthodes d’évaluation des candidats soient pertinentes au regard de la finalité poursuivie, que le candidat en soit informé avant leur mise en œuvre et que les résultats restent confidentiels.

L’absence de validation scientifique rend la pertinence difficile à démontrer pour une sélection, alors qu’elle est la condition posée par la loi. Un résultat de test ne remplace ni un entretien structuré ni une mise en situation.

En entreprise, l’ennéagramme est parfois proposé dans des formations internes de management ou de cohésion d’équipe. Un reportage de France 3 Pays de la Loire, en avril 2024, a relaté le cas d’une entreprise vendéenne dont des élus du personnel contestaient des stages réservés aux cadres, la direction ayant annoncé début 2023 l’abandon de la méthode au profit d’une autre.

Point de vigilance. Une séance qui conduit à révéler des éléments de l’enfance ou de la vie privée sort du cadre d’un test de personnalité. Selon France 3, la Miviludes reçoit des signalements qui évoquent des changements de comportement des participants et des sommes importantes dépensées en formations.

Comment lire un résultat sans se tromper ?

Trois précautions limitent les contresens.

  • Un type n’est pas un diagnostic ni une mesure de compétence, il décrit une préférence déclarée
  • Les réponses varient avec l’humeur et l’image que la personne a d’elle-même, ce qui explique deux types voisins d’un test à l’autre
  • Une description flatteuse et générale convient à presque tout le monde, un phénomène connu sous le nom d’effet Barnum

Dans un projet de reconversion, le test peut servir de point de départ à une réflexion sur ses motivations, à condition de ne tirer aucune conclusion sur un métier à choisir ou à éviter.

Quelles alternatives pour s’orienter ?

Pour un projet professionnel, des démarches mieux documentées existent. Le bilan de compétences s’appuie sur des entretiens avec un conseiller et peut être financé par le CPF, tandis qu’une enquête métier confronte le projet à la réalité du poste auprès de professionnels.

Les questionnaires fondés sur le modèle à cinq facteurs (Big Five) reposent sur une littérature de validation bien plus fournie que celle de l’ennéagramme. Le test d’ennéagramme reste donc un outil de réflexion personnelle, pas une mesure sur laquelle fonder un choix de carrière ou de recrutement.