Aller au contenu
groupecd

C’est quoi le mindset ? Définition et usage en entrepreneuriat

Définition du mindset, théorie de Carol Dweck sur le mindset fixe et de croissance, usage en entrepreneuriat et état réel des preuves scientifiques.

Thomas Vasseur Entrepreneuriat & Business 6 min de lecture

Carnet ouvert, ordinateur et plante sur un bureau

L’essentiel

  • Le mindset est un anglicisme qui se traduit par état d’esprit : l’ensemble des croyances qui orientent la façon d’aborder une situation
  • La psychologue Carol Dweck distingue le mindset fixe (capacités données une fois pour toutes) et le mindset de croissance (capacités développables)
  • Les études disponibles montrent des effets faibles : une association de r = 0,09 avec la réussite scolaire dans la méta-analyse de 2018
  • Au travail, la notion décrit un rapport à l’erreur et à l’apprentissage, sans promesse de résultat

Le mindset est un mot anglais, formé de « mind » (esprit) et de « set » (disposition), que le français rend le plus souvent par état d’esprit ou mentalité. Dans le monde de l’entreprise, il désigne les croyances qui conditionnent la manière d’aborder un projet, un échec ou une critique.

Cet article répond à la question « c’est quoi le mindset » sur trois points, à savoir la définition de départ, l’usage du terme chez les entrepreneurs et les salariés, et ce que la recherche établit réellement.

C’est quoi le mindset ?

Le mindset est l’état d’esprit d’une personne, c’est-à-dire l’ensemble des croyances et des attitudes qui orientent sa manière de percevoir une situation et d’y réagir. Le terme n’a pas de définition normalisée et s’est répandu grâce aux travaux de la psychologue Carol Dweck.

Le mot recouvre deux usages. Dans le sens courant, il désigne une attitude générale, qu’elle soit combative, prudente ou optimiste. Dans le sens de la psychologie, il renvoie à des croyances précises sur la nature des capacités, ce qui est plus étroit et plus facile à tester.

Mindset fixe et mindset de croissance : la théorie de Dweck

Carol Dweck, professeure de psychologie à l’université Stanford, a popularisé la notion avec son livre « Mindset: The New Psychology of Success », publié en 2006. Elle y oppose deux croyances.

Dans le mindset fixe, les capacités, qu’il s’agisse d’intelligence ou de talent, sont tenues pour données une fois pour toutes. Dans le mindset de croissance (growth mindset), elles sont considérées comme développables par l’effort, les stratégies et l’aide d’autrui. Selon la théorie, ces croyances influencent les buts que l’on se fixe et les réactions face aux difficultés, ce que résument Yeager et Dweck dans un article de synthèse de 2020.

SituationLecture « fixe »Lecture « croissance »
Une difficultéSigne que le niveau n’y est pasInformation sur ce qui reste à apprendre
Une critiqueJugement porté sur la personneRetour que l’on peut exploiter
La réussite d’un pairMenace pour sa propre positionSource de méthodes à observer

Ce tableau est un schéma théorique simplifié, pas un test permettant de classer une personne. Dweck a d’ailleurs précisé dans Education Week en 2015 que le mindset de croissance n’est pas une simple affaire d’effort, et que l’assimiler à l’effort est selon elle l’incompréhension la plus fréquente.

Que signifie le mindset dans le monde professionnel ?

Dans l’entrepreneuriat et le management, le terme s’est élargi au-delà de la théorie de Dweck. Il désigne une posture face à l’incertitude, avec trois points d’attention : le rapport à l’erreur, la prise de risque et le retour d’expérience. Comme aucune définition ne fait référence, chaque auteur ou organisme de formation y met un contenu différent, d’où l’intérêt de vérifier ce que recouvre le mot avant de s’en servir.

Une réponse à un appel d’offres rejetée donne un exemple concret. Une lecture « fixe » conclut que l’équipe n’est pas à la hauteur. Une lecture « croissance » cherche ce qui a manqué (prix, références, délai) et l’intègre à la réponse suivante. Les faits sont identiques, la décision qui en découle diffère.

Le mindset n’est pas synonyme de pensée positive. Se dire que tout ira bien ne remplace ni l’analyse de la situation, ni la compétence, ni les ressources disponibles. La notion décrit la façon d’interpréter l’écart entre ce qui était prévu et ce qui s’est produit.

Certains entrepreneurs abordent ces questions de posture avec un coach, un sujet traité dans l’article consacré au business coach pour entrepreneur.

Mindset, auto-efficacité, résilience : quelles différences ?

Le mindset se confond souvent avec des notions voisines, qui désignent pourtant autre chose.

  • L’auto-efficacité, décrite par le psychologue Albert Bandura, est la confiance dans sa capacité à réussir une tâche précise
  • La résilience désigne la capacité à rebondir après une épreuve
  • Le mindset de Dweck porte sur la croyance que les capacités peuvent ou non évoluer

Une personne peut donc douter de sa capacité à réussir une négociation donnée (faible auto-efficacité) tout en pensant qu’elle peut progresser en négociation (mindset de croissance).

Que dit la recherche sur le mindset de croissance ?

Les travaux disponibles indiquent un lien faible entre mindset de croissance et résultats scolaires. La méta-analyse de Sisk et ses collègues (2018) mesure une association de r = 0,09, et l’étude nationale américaine de Yeager et ses collègues (2019) rapporte un effet de 0,11 écart-type sur les notes des élèves les moins performants.

Cette étude de 2019 porte sur 12 490 élèves de 9e année et sur une intervention en ligne de moins d’une heure. Chez les élèves les moins performants, le taux d’échec recule de 5,3 points de pourcentage en moyenne. Les auteurs signalent des effets hétérogènes : certains sites n’ont montré aucun effet, et l’effet n’apparaît que si le contexte, enseignants et pairs compris, permet d’agir selon cet état d’esprit.

Deux limites s’imposent à la lecture. Ces études portent sur des élèves, pas sur des entrepreneurs ou des salariés, et leur transposition au travail reste une hypothèse. Yeager et Dweck reconnaissent aussi dans leur article ne pas être des parties neutres, ce qui justifie de lire en parallèle les méta-analyses menées par d’autres équipes.

Comment travailler son mindset sans promesse de résultat ?

Aucune étude citée ici ne valide une méthode de « reprogrammation » rapide du mindset. Quelques pratiques restent cohérentes avec la théorie, à condition de les prendre pour des habitudes de travail et non pour des garanties.

  • Formuler un objectif d’apprentissage en plus de l’objectif de résultat
  • Tenir un retour d’expérience écrit après un échec comme après un succès, avec ce qui a fonctionné, ce qui a manqué et ce qui sera testé
  • Demander un retour externe précis à un client, un pair ou un mentor, puis noter ce qui est exploitable
  • Distinguer l’effort de la stratégie et changer de méthode quand l’effort seul ne produit rien

Ces pratiques demandent du temps et ne dispensent ni de compétences techniques, ni de moyens financiers, ni d’un marché.

Comment repérer un discours qui survend le mindset ?

Quelques signaux invitent à la prudence. Une promesse de résultat chiffré sans étude citée, un délai annoncé pour « changer de mindset », ou un pourcentage de la population attribué à un profil sans référence sont des marqueurs de discours commercial plutôt que de travaux de recherche. Le test le plus simple consiste à demander la source de chaque affirmation : un auteur, une année, un échantillon.

Mindset : ce qu’il faut retenir

Le mindset est un état d’esprit au sens courant, et un ensemble de croyances sur les capacités au sens de la psychologie de Dweck. Pour répondre à la question « c’est quoi le mindset », le point à retenir est son caractère descriptif : le terme décrit une façon de lire les événements, il ne garantit aucun résultat, et les preuves de son effet restent modestes et centrées sur l’école.