Aller au contenu
groupecd

Psychopraticien : statut légal, formation et exercice

Le psychopraticien exerce sous un titre que la loi ne définit pas. Ce que recouvre l'appellation, ce qui le sépare du psychologue et du psychothérapeute, comment se former.

Claire Dubreuil Formations & Certifications 5 min de lecture

Cabinet de psychopraticien avec fauteuil, plante et bloc-notes

L’essentiel

  • Le psychopraticien pratique une psychothérapie sans diplôme d’État, aucun texte de loi ne définit son titre
  • Les titres de psychologue et de psychothérapeute sont protégés, leur usage sans droit est un délit
  • La formation passe par des écoles privées, dont la durée et le contenu ne sont pas fixés par l’État
  • Avant de consulter ou de se former, le parcours, la supervision et la déontologie du praticien se vérifient

Le psychopraticien est un professionnel de l’accompagnement psychologique formé à une ou plusieurs méthodes de psychothérapie dans une école privée. Son titre n’est défini ni par la loi ni par un diplôme d’État, ce qui le distingue du psychologue, du psychiatre et du psychothérapeute inscrit au registre des agences régionales de santé (ARS).

Cette absence de cadre officiel concerne autant les personnes qui consultent que celles qui envisagent une reconversion vers ce métier. Les paragraphes qui suivent précisent ce que recouvre le titre, ce que dit le droit et comment contrôler un parcours.

Qu’est-ce qu’un psychopraticien ?

Un psychopraticien est un professionnel qui accompagne des personnes en difficulté psychique ou relationnelle au moyen d’une méthode de psychothérapie apprise en école privée. Il ne pose pas de diagnostic médical et ne prescrit aucun médicament, deux actes qui relèvent des médecins.

Le titre recouvre des pratiques très différentes. La Fédération nationale de psychothérapie (FNP) indique que le terme regroupe plus d’une centaine de spécialités, de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) à l’hypnose ou à l’analyse transactionnelle.

Les séances se déroulent en exercice libéral, en cabinet ou en visioconsultation, selon un rythme et un cadre définis avec chaque praticien.

Psychopraticien, psychothérapeute, psychologue, psychiatre : qui est qui ?

Quatre appellations voisines coexistent, avec des conditions d’accès très inégales.

  • Psychiatre, médecin spécialisé dans les troubles mentaux, seul à pouvoir prescrire des médicaments
  • Psychologue, titre protégé par l’article 44 de la loi du 25 juillet 1985, réservé aux titulaires d’un master de psychologie
  • Psychothérapeute, titre réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes, tenu par les ARS
  • Psychopraticien, titre libre, formation en école privée, aucune inscription à un registre public

Une confusion fréquente consiste à croire que le psychothérapeute est forcément psychiatre ou psychologue. Le décret du 20 mai 2010 subordonne l’inscription au registre à une formation en psychopathologie clinique d’au moins 400 heures et à un stage pratique, avec des dispenses pour les médecins, les psychologues et les psychanalystes.

L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un doctorat en médecine ou d’un master de psychologie ou de psychanalyse. Hors dispositions transitoires, un psychopraticien qui n’a aucun de ces diplômes ne peut donc pas obtenir le titre de psychothérapeute. Le texte du décret n° 2010-534 détaille ces conditions.

Le statut légal du psychopraticien n’existe pas à proprement parler : aucun texte ne définit le titre, aucun diplôme d’État n’y conduit et aucune inscription n’est exigée. Le titre étant libre, la loi n’impose aucun contrôle sur le parcours de celui qui s’en réclame.

Les limites viennent des professions voisines. Se présenter comme psychologue ou comme psychothérapeute sans remplir les conditions légales relève de l’usurpation de titre, que l’article 433-17 du code pénal punit d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.

Les associations professionnelles comblent en partie ce vide par de l’autorégulation. La FNP conditionne l’adhésion à au moins 1 250 heures de formation théorique et clinique, 56 heures de stage, une thérapie personnelle approfondie et une pratique supervisée. Ces critères engagent ses membres, pas l’ensemble des psychopraticiens.

Limite du titre. Un psychopraticien n’est pas habilité à poser un diagnostic médical ni à modifier un traitement prescrit par un médecin. Une souffrance psychique durable ou des idées suicidaires relèvent d’un médecin ou, en urgence, du 15 ou du 3114, le numéro national de prévention du suicide.

Pour quelles situations consulte-t-on un psychopraticien ?

Les motifs de consultation décrits par les praticiens vont des difficultés passagères (deuil, séparation, surcharge professionnelle) à des souffrances plus durables liées aux émotions ou aux relations. Le choix de la méthode, de la fréquence et de la durée du suivi se fait avec le praticien.

Le suivi ne remplace pas une prise en charge médicale lorsqu’un trouble est diagnostiqué. Côté coût, le dispositif Mon soutien psy de l’Assurance maladie ne rembourse que les séances avec des psychologues partenaires, selon ameli, et les séances chez un psychopraticien n’entrent donc pas dans ce dispositif.

Comment se former pour devenir psychopraticien ?

Aucun parcours officiel ne mène au titre de psychopraticien : la formation s’effectue dans une école privée et débouche sur une certification propre à l’établissement. Le CRESP, organisme de formation, annonce des cursus de 12 mois pour un parcours court à 2 ou 3 ans pour un parcours complet.

Les conditions d’entrée et le niveau de la certification varient d’un établissement à l’autre, faute de cadre commun. Pour comparer des écoles, quatre points se vérifient, à savoir le socle théorique (psychopathologie, méthodes enseignées), la place de la pratique (mises en situation, stages), la supervision et la thérapie personnelle exigée.

Le statut de la certification auprès de France Compétences conditionne aussi le financement. Une formation n’est finançable par le compte personnel de formation (CPF) que si elle prépare à une certification active inscrite au RNCP ou au Répertoire spécifique, un point développé dans l’article sur le choix d’une formation éligible au CPF.

Avant de s’engager dans un cursus de plusieurs mois, une enquête métier auprès de praticiens installés permet de mesurer ce que le quotidien suppose, avec une clientèle à constituer, un exercice en libéral et la régularité des séances.

Quels revenus et quels tarifs pour un psychopraticien ?

Les revenus des psychopraticiens ne font l’objet d’aucune statistique officielle identifiée. Les chiffres circulent surtout par les écoles et les sites métiers. Le CRESP cite 50 à 90 € par séance, le site Olecio 50 à 60 €. Ces fourchettes sont indicatives, les tarifs étant libres.

Beaucoup de candidats démarrent en parallèle d’un emploi salarié. Les conditions de ce cumul sont détaillées dans l’article sur le fait d’être salarié et auto-entrepreneur en même temps.

Comment vérifier un psychopraticien avant de consulter ?

Le titre ne garantissant rien, le parcours se contrôle directement. Santé mentale info (Psycom) conseille de se renseigner sur la formation, l’approche et les méthodes du professionnel, de demander s’il est supervisé et de s’informer sur le coût et la fréquence des séances.

  • Formation, avec l’école, la durée et la certification obtenue
  • Supervision, soit un suivi régulier de la pratique par un pair ou un superviseur
  • Cadre, avec le tarif, la durée et fréquence des séances annoncés avant de commencer
  • Autres titres affichés, dont le numéro RPPS d’un psychologue se vérifie dans l’Annuaire santé, l’inscription d’un psychothérapeute dans le registre de l’ARS

Les pages de Santé mentale info détaillent ces repères et la façon de repérer les pseudo-thérapeutes. Choisir un psychopraticien, ou le devenir, suppose d’accepter qu’aucune autorité ne contrôle le titre à la place du lecteur, la vérification relève de chacun.